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Shopify ou site sur mesure : comment trancher

Ce qui coûte, c’est l’écart entre ta façon de vendre et ce que la plateforme prévoit. Voici comment mettre un chiffre en face de cet écart.

Eliott Bouquerel

Développeur freelance

Bouquerel

7 min de lecture

Ce qui coûte, c’est l’écart entre ta façon de vendre et ce que la plateforme prévoit. Voici comment mettre un chiffre en face de cet écart.

Shopify gagne quand ta boutique est standard, que tu veux démarrer vite, et que la commission sur tes ventes reste petite devant le temps qu’elle te fait gagner. Le sur-mesure gagne quand ta façon de vendre ne rentre dans aucune case, quand les extensions te coûtent plus cher que du développement, ou quand la performance et la propriété deviennent des sujets stratégiques.

C’est une question d’écart entre ton métier et ce que la plateforme prévoit. Voici comment le mesurer.

Ce que tu achètes dans chaque cas

Une plateforme comme Shopify vend un service complet et loué : hébergement, paiement, sécurité, mises à jour, catalogue de milliers d’extensions. Tu paies un abonnement, souvent une commission, et tu n’as rien à administrer. C’est un très bon produit, et je n’écris pas contre lui.

Un site sur mesure vend un actif que tu possèdes : le code est dans ton dépôt, l’hébergement est à ton nom, il n’y a pas de commission sur tes ventes, et rien ne change sans que tu l’aies décidé. En contrepartie, tu es responsable de tout ce que la plateforme faisait pour toi.

C’est louer ou acheter, avec les conséquences habituelles des deux.

Les cinq critères qui décident

Je les prends toujours dans cet ordre.

  1. 01L’écart au standard. Est-ce que vendre chez toi ressemble à vendre partout ailleurs ? Tarification par volume, lots composés, devis avant commande, comptes professionnels avec conditions négociées : plus ton modèle s’écarte, plus la plateforme devient un carcan.
  2. 02Le coût réel, commissions et extensions comprises. Additionne l’abonnement, chaque extension mensuelle, et le pourcentage sur tes ventes. Compare au coût d’un développement amorti sur trois ans plus l’hébergement.
  3. 03La performance. Une boutique chargée d’extensions accumule du code sur toutes les pages. Si ton trafic est payé, cette lenteur se paie deux fois.
  4. 04La dépendance. Que se passe-t-il si les conditions tarifaires changent, si une extension dont tu dépends est abandonnée, ou si tu veux partir ? La réponse doit être connue avant de s’engager, pas après.
  5. 05Ton équipe. Un site sur mesure demande quelqu’un pour l’entretenir, en interne ou en prestataire. Si personne ne peut porter ce rôle, la plateforme est le choix responsable.

Le calcul qu’il faut faire, avec tes nombres

La comparaison honnête ne met pas un abonnement en face d’un devis. Elle additionne tout, sur trois ans.

Du côté plateforme : l’abonnement mensuel, la commission éventuelle sur chaque vente, le coût cumulé des extensions payantes, et le thème ou l’intégrateur qui l’a mis en place. La ligne qui surprend est presque toujours celle des extensions : cinq applications à trente euros font mille huit cents euros par an, sans compter les paliers qui montent avec le volume.

Du côté sur mesure : le développement initial, l’hébergement, et une part annuelle d’évolution et de maintenance qu’il faut chiffrer honnêtement. Un site sur mesure qu’on ne fait pas évoluer devient un site qu’on contourne.

Les chiffres officiels, pour que tu poses les tiens

J’ai relevé ces montants le 7 septembre 2026 sur la grille tarifaire française de Shopify, en paiement mensuel, formule par formule. Méthode : lecture directe de la page publique, sans intermédiaire ni comparateur, parce que les comparateurs recopient des tarifs périmés et que ceux-ci changent sans préavis.

FormuleAbonnementCommission hors Shopify PaymentsCarte via Shopify Payments
Basic36 €/mois2 %1,5 % + 0,25 €
Grow105 €/mois1 %1,3 % + 0,25 €
Advanced384 €/mois0,6 %1,1 % + 0,25 €

Deux lectures de ce tableau, et la seconde est celle qu’on oublie.

La commission de 2 % en Basic ne s’applique pas si tu encaisses avec Shopify Payments, ce que la documentation précise explicitement. C’est le prix d’encaisser ailleurs, pas le prix de vendre.

Mais la commission bancaire, elle, tombe dans tous les cas. À 1,5 % + 0,25 € par commande, une boutique qui fait 40 000 € de chiffre d’affaires sur un panier moyen de 60 € paie environ 767 € de frais par an. À 400 000 €, environ 7 670 €. C’est ce second nombre qu’il faut mettre en face d’un développement, jamais l’abonnement.

Le coût total de possession est la somme de tout ce que la solution te coûte sur la durée où tu t’en sers : abonnement, commissions, extensions, hébergement, maintenance et temps humain. C’est la seule base de comparaison honnête entre louer et posséder, et c’est celle que personne ne pose parce qu’elle demande d’aller chercher six nombres au lieu d’un.

Quand je recommande la plateforme

Sans hésiter, dans quatre cas.

Tu démarres et tu ne sais pas encore ce qui va marcher. Construire avant de savoir est le meilleur moyen de construire la mauvaise chose. Une plateforme est le moyen le moins cher de découvrir ton propre métier.

Ton catalogue est classique et ton volume modeste. La commission ne pèse pas encore, et le temps gagné vaut plus que la marge cédée.

Tu n’as personne pour porter la technique. Un site sur mesure sans interlocuteur technique devient un problème le jour où quelque chose casse.

Tu vends sur plusieurs canaux et la plateforme les gère déjà. Réécrire une synchronisation de places de marché qui fonctionne serait absurde.

Quand ça bascule

Trois signaux, assez nets pour être reconnus sans expertise.

Tu as plus de dix extensions

Chacune a été ajoutée pour une bonne raison. Ensemble, elles font une pile que personne ne maîtrise, qui ralentit toutes les pages, et dont le coût mensuel cumulé dépasse ce que tu imagines. C’est le signal le plus fiable.

Ta différence vit dans un tableur

Ta règle de tarification, ta composition de lots, ton processus de retour existent à côté de la boutique parce qu’elle ne sait pas les faire. Le jour où ton avantage commercial est dans un fichier partagé, la plateforme ne te sert plus ton métier, elle t’en empêche.

Tes outils ne sont plus d’accord

Boutique, comptabilité, logistique et service client tiennent chacun une vérité, et personne ne sait laquelle gagne. C’est le sujet de pourquoi tes outils ne sont jamais d’accord sur le stock.

On ne quitte pas une plateforme parce qu’elle est mauvaise. On la quitte le jour où l’on passe plus de temps à la contourner qu’à s’en servir.

La solution mixte, qui est souvent la bonne

On oppose les deux options alors que la plupart des cas réels sont hybrides, et c’est la voie que je recommande le plus souvent.

Tu gardes la plateforme pour ce qu’elle fait bien : le catalogue, le paiement, la gestion des commandes, la conformité. Et tu fais construire à côté la pièce qui porte ta différence, branchée sur ses données par son interface de programmation.

Concrètement : un tableau de bord qui rassemble les commandes de trois canaux, un configurateur de produit que la plateforme ne sait pas faire, une automatisation des retours, une synchronisation de stock avec ta gestion. Chacune de ces briques se chiffre en jours, pas en mois, et elle ne remet rien en question.

Une variante technique existe aussi, où l’on garde la plateforme pour le catalogue et le paiement, mais où l’on construit la boutique visible sur mesure. Ça permet de traiter la vitesse et le référencement sans migrer les données. C’est plus lourd qu’un simple branchement, et ça ne se justifie que si la performance est un vrai enjeu commercial chez toi.

Ce qu’il ne faut pas décider sur ce critère

Le design. Un site sur mesure n’est pas plus beau qu’un thème bien fait, et un thème bien fait n’est pas moins convaincant qu’un site sur mesure. La différence se joue sur l’ajustement au métier, pas sur l’apparence.

Le référencement, dans une large mesure. Une boutique Shopify correctement tenue se classe très bien. Ce qui se classe mal, c’est un catalogue sans texte propre et sans structure, quelle que soit la technologie dessous.

La sécurité. Une plateforme fait ce travail mieux que la plupart des sites sur mesure, et il faut le reconnaître.

Si tu décides de migrer

Ne le fais pas pour de mauvaises raisons, et surtout ne le fais pas sans plan de redirection. Une migration ratée coûte plusieurs mois de trafic, et c’est le genre de perte qui ne se rattrape pas toujours. Ce qui la limite tient en une ligne : la carte des anciennes adresses vers les nouvelles, écrite avant la bascule et non après.

Ce que je retiens

La question, c’est de mesurer l’écart entre ta façon de vendre et ce que la plateforme prévoit, puis de mettre un chiffre en face de cet écart, commissions et extensions comprises.

Si tu veux que je fasse ce calcul avec toi, honnêtement, y compris si la conclusion est que tu dois rester où tu es, c’est le point de départ d’un projet de site ou d’un outil métier branché sur ta boutique actuelle. Écris-moi depuis la page de contact en me disant ce que tu vends et sur quoi tu es aujourd’hui.

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